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Nous
sommes tous très interpellés par "l'arrêt Perruche", cet arrêt de la
cour de cassation qui a permis la condamnation d'un médecin afin de
permettre d'indemniser au civil un enfant avec un handicap sévère lié à
une infection rubéolique contractée par la mère pendant sa grossesse.
Cette indemnisation a été accordée sous le prétexte qu'une faute
médicale, empêchant la mère d'être informée du risque de handicap
sévère, n'a pas pû lui permettre de choisir une interruption médicale
de grossesse.
Cet
évènement a une portée très forte et modifie considérablement la place
de la médecine au sein de la société et au delà, la relation
médecin-patient.
Concernant
les faits, le droit nous dit que pour qu'une indemnisation ait lieu il
faut 3 choses :
- une faute
- un préjudice réparable
- un lien de causalité entre la faute et le préjudice
On peut donc être poursuivi pour avoir causé un préjudice ou ne pas
avoir empêché qu'il survienne.
Concernant
la faute, personne ne nie qu'elle existe.
Concernant le préjudice, le handicap sévère est réel.
Par contre le lien de causalité est très indirect, en effet les fautes
médicales ont pû empêcher la mère de procéder à une interruption de
grossesse, mais elles ne sont pas responsables du handicap.
Il faut noter que la mère avait déjà été indemnisée pour le préjudice
subi par elle c'est à dire ne pas avoir pû interrompre sa grossesse.
Par
contre les médecins ne sont pas directement responsables du handicap
puisqu'il s'agit d'une infection rubéolique congénitale et qu'il n'y
pas de traitement.
On
pourrait contourner cela en disant que la mère doit être indemnisée
pour ne pas avoir pu "interrompre la grossesse et par là même éviter de
supporter un handicap lourd". Mais dans cette affaire, c'est l'enfant
qui est indemnisé!
Et là les choses sont très différentes : quelle était l'alternative du
"point de vue " de l'enfant :
- naître handicapé.
- ne pas exister. (comment peut-on donner une valeur à cette notion?)
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Quelques
réflexions nous viennent alors à l'esprit :
- Les juges ont donc considéré que ne pas naître, ne pas vivre était
préférable au handicap....
- C'est une atteinte à la dignité des handicapés et surtout c'est
entériner que l'on ne puisse pas être aidé pour son handicap si les
médecins n'ont pas commis de faute...ou si ses parents n'ont pas
demandé d'interruption médicale de grossesse!
- Etre condamné pour un médecin, alors que toutes les conditions
requises ne sont pas clairement établies est une pression difficile à
supporter et peu propice à un exercice serein de la médecine.
- Comment va évoluer la relation médecin-patient ?
Au
delà de ces problèmes éthiques essentiels, se greffent les problèmes
liés à la possibilité matérielle d'exercer :
- Les assureurs se désengagent purement et simplement dans la prise en
charge des spécialités médicales à risque.
- les assurances professionnelles augmentent en 2005 de façon
considérable (entre 14000
et 19500 Euros
par an pour les obstétriciens) à tel point que la poursuite de
l'activité médicale à risque (obstétrique, chirurgie, échographie...)
aux tarifs en vigueur fixés par la sécurité sociale est rendue très
difficile. (Pour un obstétricien qui assure la sécurité de 100
accouchements par an, le surcoût de l'assurance responsabilité civile
professionnelle liée à la pratique des accouchements, représente entre
40 et 60% des revenus bruts générés par cette seule activité...
En
conclusion :
Loins
de fuir leur responsabilité civile, les médecins pratiquant le
diagnostic prénatal demandent simplement à ce que les règles soient
respectées et que la société au travers de ses décisions de justice, ne
se décharge pas sur les médecins de ses peurs ou de ses insuffisances.
Contrairement
à ce que l'on a pû dire, ce n'est pas le pouvoir médical absolu que les
médecins demandent, c'est la possibilité d'exercer dans des conditions
justes où la confiance réciproque reste présente.
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